Un soir, entre deux lignes de code et un carton de tissus, Kamila est née. Je terminais encore un projet réseau pour mon métier d'ingénieure télécom, l'esprit plein de schémas et de deadlines, quand j'ai enfin ouvert ce wax que je gardais de côté depuis des semaines : des fleurs dorées sur fond rouge et bordeaux, un motif qui appelait quelque chose de fort. Je savais, sans même l'avoir dessiné, que ce tissu-là ne voulait pas devenir une pièce comme les autres.
J'ai commencé par le haut, en pensant kimono : les manches amples, la coupe droite et généreuse qui laisse le corps respirer, cette élégance japonaise qui ne cherche jamais à serrer mais à envelopper. Puis j'ai posé le wax à côté d'un satin bordeaux et j'ai su que la suite serait une jupe plissée, avec ce tombé qui bouge à chaque pas. Deux vocabulaires de couture qui, sur le papier, n'avaient aucune raison de se parler — et qui, une fois assemblés, se sont mis à raconter exactement l'histoire que je porte moi-même depuis toujours.
Kamila a pris forme sur plusieurs semaines, toujours le soir, après les journées passées derrière un écran à penser fibre optique et architecture réseau. Il y a quelque chose que j'aime profondément dans ce basculement : la précision d'ingénieure qui devient la patience de la couturière, le même souci du détail appliqué à un tout autre langage. Coudre à la main les finitions des manches après une journée de réunions, c'est ma façon de revenir à moi.
Ce qui me touche le plus avec cette pièce, c'est qu'elle ne choisit pas entre le Japon et l'Afrique de l'Ouest. Elle ne fait pas de compromis, elle ne dilue rien : elle porte les deux entières, l'une dans les manches, l'autre dans la jupe, et le résultat n'appartient qu'à elle. C'est exactement ce que j'essaie de faire à chaque commande sur mesure — ne jamais choisir un seul héritage quand on peut en porter plusieurs à la fois, fièrement.
Kamila est aujourd'hui une de mes créations dont je suis le plus fière, et pourtant elle a commencé comme beaucoup de mes pièces : un tissu qui traîne dans un coin de l'atelier, une intuition, et une soirée où j'ai enfin pris le temps de l'écouter. Si vous avez, vous aussi, un tissu qui vous attend depuis trop longtemps, ou une idée de pièce qui mélange deux mondes qui vous habitent, parlons-en : c'est exactement ce genre d'histoire que j'aime coudre.
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